Soignants et burn-out : ça brûle !


Toutes les professions du soin, aides-soignants, infirmiers, psychologues, médecins, aides à domicile, employés de maisons de retraites, manipulateurs médicaux ont un quotidien marqué par des conditions de travail favorisant le burn-out et par la sensation d’un travail empêché au détriment de la santé et de leur cœur de métier.


C’est ainsi qu’ils sont parmi les populations les plus touchées par les troubles du sommeil, les conduites addictives, … et le burnout.




Comment se traduit le burn-out :


· Epuisement émotionnel et physique et avec une impression d’être dépassé, vide, de manquer de moyens et de ne pas pouvoir faire face à un autre jour.

· Dévalorisation de son travail et de ses compétences, diminution de l’estime de soi et du sentiment d’auto-efficacité, sentiment d’inefficacité personnelle, d’où une productivité diminuée au travail.

· Déshumanisation de la relation à l’autre, dépersonnalisation ou cynisme, avec perte d’idéaux, retrait vis-à-vis du travail, détachement ou attitude négative.



Chiffres

En France, 67% des soignants et des infirmiers sont exposés à un risque de burn-out, également appelé syndrome d’épuisement professionnel. Cela touche toutes les catégories professionnelles. Quelques exemples :

Médecins et étudiants en médecine :

66 % des étudiants en médecine et jeunes médecins interrogés souffrent d’anxiété, près de 28 % de dépression, et près de 24 % avaient déjà eu des idées suicidaires. Une autre étude révèle que dans les hôpitaux français entre 2000 et 2017, 21 % des praticiens ont révélés souffrir d’un épuisement professionnel, 29 % témoignaient d’un cynisme important, et 29 % avaient un sentiment d’inefficacité. Rappelons que d’après l’Intersyndicale, un interne se suicide tous les 18 jours en études de médecine, un chiffre trois fois plus élevé que dans la population générale. Ce qui donne un chiffre de 21% des praticiens en risque élevé de burn-out.[1]

Professions libérales :

Selon la caisse de retraite complémentaire et prévoyance des infirmiers, masseurs-kinésithérapeutes, pédicures-podologues, orthophonistes et orthoptistes (CARPIMKO) 53 % des soignants libéraux présentent des signes d’épuisement professionnel. Avec 56,5 %, les infirmiers libéraux sont les plus touchés par ce syndrome, suivi de près par les orthophonistes (48,6 %), les pédicures podologues (48,5 %), les orthoptistes (39,8 %) et les masseurs kinésithérapeutes (32 %).

Ce qui permet au Cabinet Stimulus d’extrapoler pour une enquête le chiffre de 15,9 % de ces professionnels souffrent de burn-out, ce qui est nettement plus que le reste de la population (12%)



Cadres de santé :

Pour la première fois en 2018- et unique fois-, le burnout des cadres de santé a été étudié : les chiffres sont alarmants : 23 % des cadres de santé sont sujet à cet épuisement professionnel, score plus élevé que celui des médecins ou des autres professions !



Facteurs de risque augmentant le risque de burn-out chez les soignants :


Nous savons bien que les soignants sont souvent surinvestis dans leur travail. C’est bien chez ce type de personne que le burn-out frappe le plus.



Le rapport entre le niveau d’engagement (vocation) et d’exigence, le risque encouru dans leur métier et les facteurs d’usures psychologiques crée un état critique pour leur équilibre, leur bien-être et leur santé psychologique. 


Les facteurs de risque propres aux soignants sont multiples et cumulés :


La perte de sens : Pour certains professionnels de santé, il peut y avoir un décalage entre leur vocation initiale de soignant et la réalité de leur métier. Le travail dans l’urgence, le manque de temps pour une prise en charge de qualité, la perte de sens, l’augmentation des contraintes administratives par rapport à la qualité du soin … Tout cela met à mal le cœur de métier du soin et entraine des conflits de valeurs, facteur de risque important.


La charge mentale : avec une multiplicité de rôles, lourde à porter : soignant, aidant, accompagnant du malade, planificateur, organisateur, entrepreneur, écoutant, ... une charge mentale et émotionnelle importante. Cela démultiplie le facteur de risque de l’exigence émotionnelle liée à la confrontation à la mort et à la souffrance, une dissonance émotionnelle.

Le travail morcelé de certains postes augmente la charge mentale et la charge de travail.


La surcharge de travail : avec la quantité de travail déjà très importante, augmentée par la pression systémique liée à la rentabilisation, le manque de moyens humain et matériel dans les hôpitaux et les établissements médico-sociaux. Tout cela induit le glissement de tâches entre les personnels dans les établissements de santé et augmente le risque pour le soignant et le soigné. Cette surcharge peut amener, en libéral comme en structure, a un manque de clarté sur ses priorités, une mobilisation à outrance qui peuvent vite mener à une perte de contrôle, grande source de stress pour certains.

Pour les professionnels libéraux, et pour ceux qui exercent en établissement médico-social il y a souvent en plus un isolement dans le travail, difficulté à concilier vie professionnelle et vie personnelle l’isolement

Les cadres de santé, en plus du travail morcelé, se retrouvent au centre (entre le marteau et l’enclume) confrontés à des attentes opposées entre des objectifs de rentabilité et la qualité des soins, ce qui donne un fort conflit psychologique, source de stress


Le manque de reconnaissance de la société et de la hiérarchie, reconnaissance de la charge mentale et émotionnelle, le manque de soutien et le sentiment d’isolement, etc… Les signes de reconnaissance sont à la base de toute relation et donc importants dans le cadre professionnel Cela semble prégnant au niveau des infirmiers, des aides-soignants et des ASH. C’est aussi le facteur de risque le plus associé au cynisme et à la déshumanisation.


Des problèmes d’incivilité : Les incidents du secteur de la santé ont significativement augmenté (+ 50% en 10 ans) et travailler dans un environnement hostile est également un facteur aggravant de la souffrance au travail.




Et bien sûr la crise sanitaire de la Covid-19

Selon les chiffres de l’Ordre des Infirmiers il y un e doublement des situations d’épuisement professionnel des infirmiers en quelques mois. 33% se sentaient exténués avant la crise , 57% d’entre eux se trouvent maintenant "en situation d'épuisement professionnel". Cela est dû à une augmentation des facteurs de risque de burnout :

  • Depuis longtemps les établissements et notamment les EMS sont en pénurie de soignants et la crise sanitaire a augmenté ce problème.

  • Plus s de 30% tiers des infirmiers salariés sont en effectifs réduits par rapport à la normale.

  • Plus d’un tiers des infirmiers « réalisent des tâches hors de leur champ de compétences réglementaire

  • 57% des IDE salariés évaluent ne pas disposer du temps nécessaire pour prise en soin correcte

  • Près de 70% des infirmiers relatent que leurs conditions de travail se sont dégradées .

  • Les libéraux ont participé à la campagne de vaccination, sans que soit allégée leur tournée...


Conséquence de cette situation :

37% des infirmiers sondés /ont envie de changer de métier alors que 34.000 postes d’infirmiers sont vacants (2020) en plus de ce qui manque pour assurer des soins de qualité. Pour aggraver la situation, 1300 étudiants infirmiers ont démissionné entre 2018 et 2021.

Cette situation en tension demande des mesures urgentes, tant pour revaloriser que pour rendre la profession attractive.,


En ce qui concerne le volet humain, et pour éviter les drames, chacun devrait apprendre à repérer les signaux d’alerte, et pousser les intéressés à consulter…

Si vous êtes constamment épuisé, même en revenant de repos, si vous avez beaucoup de petits ratés (perdre vos affaires, avoir des petits accrochages, oublier des choses), si vous râlez sans arret ou bien si au contraire vous ne participez plus du tout à la vie sociale de votre équipe. Vous faites juste le taf et ça suffit, de façon mécanique sans vous investir…. Attention, prenez le temps de réfléchir, vous êtes peut-être au bord du burn-out ! Si vous voyez un de vos collègue dans cette situation, aidez-le, essayez de lui parler.


Deux plates formes existent :

Numéro d'écoute unique (Ordres professionnels) : 0.800.800.854, disponible 7j/ 7, 24h/24.

SPS Soignants en souffrance : 0 805 23 23 36 – gratuit, disponible 24h/24 et 7j/7.


N’oubliez pas votre médecin, la médecine du travail, un coach certifié et spécialisé… Bref, parlez-en !

Soyez vigilant, prenez soin des autres mais … de vous aussi !!




Revue Prescrire 451, mai 2021 - Intersyndicale nationale des internes, le 16 avril 2021 – Conseil National - COVID19 : L’Ordre National des Infirmiers alerte sur la situation des 700 000 infirmiers de France alors que l’épidémie s’accélère à nouveau (ordre-infirmiers.fr) Burn-out : cadres de santé sous haute tension | Espace Infirmier https://www.amnesty.fr/actualites/covid-19-sante-mentale-des-soignants-cauchemars-epuisement-burnout https://sante.lefigaro.fr/article/burn-out-et-suicides-de-soignants-combien-de-drames-avant-un-plan-de-prevention/ https://www.eipas.org/professionnel_de_sante.php Burn-out : des pistes pour aider les soignants (et les autres) (u-pec.fr) #Covid-19 : #Burn-out et #Reconversion , les soignants sont à bout de force - Connected Doctors (connectedoctors.fr)


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